
Interview La Tribune des entrepreneurs. Décembre 2007
Eleene, chef d’entreprise et créatrice de la marque éponyme.
« L’export est venu à moi »
Les modèles d’Eleene se vendent comme des petits pains...et ce, dans toute l’Europe ! Voici l’histoire d’un succès qui ne fait que commencer.
Comment avez vous commencé à exporter ?
Mon histoire est un peu particulière car je n’ai pas réellement choisi d’exporter. Ce sont les clients étrangers qui sont, dans un premier temps, venus à moi. J’ai décidé de monter mon entreprise en 2005, suite à l’obtention de mon diplôme de styliste modéliste (Atelier Chardon Savard à Paris). Pour créer ma première collection, j’ai fait un emprunt à la banque, et j’ai participé au concours organisé par le salon du prêt à porter « Who'snext ». Là, j’ai reçu un prix, et j’ai ensuite pu exposer. Pour tout vous avouer, je ne savais même pas que je devais vendre hors taxes aux clients étrangers qui se présentaient à moi !
J’ai ensuite noué une relation suivie avec un certain nombre de clients européens que je retrouve à chaque édition du salon, deux fois par an. Ce sont majoritairement des clients grecs, néerlandais ou belges, même si j’ai déjà travaillé avec le Japon et les États Unis. Les salons sont pour moi un formidable tremplin et un moyen de se faire connaitre à moindre frais puisque je peux bénéficier d’aides de la région pour monter mon stand.
L’export est donc votre seul débouché aujourd’hui ?
Non, car je viens d’ouvrir ma propre boutique à Caen en mai dernier. Et là, je touche une clientèle locale française, ce qui est totalement différent, comme vous pouvez vous en douter... C’était très important pour moi de rencontrer mes clientes finales. Car ce n’est évidemment pas du tout la même chose de s’adresser à un grossiste ou un revendeur sur un salon qui vous achète 6 pièces d’une ou de plusieurs références, et que vous ne verrez finalement jamais portées.. Ici, dans ma boutique, j’ai le temps de discuter, d’échanger, et de créer aussi puisque j’y ai installé mon atelier. Mais c’est vrai que je n’aurais pas pu ouvrir ma boutique sans le coup de pouce de l’export...
Comment expliquez vous le succès de vos modèles, ici comme à l’étranger d’ailleurs ?
Alors, c’est vrai que nous sommes très nombreux sur les salons du prêt à porter, en particulier à Paris...et que la concurrence y est rude ! Mais finalement, je pense que les clients sont à la recherche d’ originalité, d’une vraie différence. Je travaille beaucoup sur le côté déstructuré des vêtements, avec par exemple des chemises sur lesquelles je couds des cols au niveau des manches... C’est assez nouveau je pense, et ça plait ! Je suis souvent étonnée de voir que je touche une clientèle très large. A l’export, ce sont majoritairement des jeunes femmes, et ici dans la boutique cela va de 30 à 60 ans environ. Ceci explique peut être cela ! Et puis à Caen, nous sommes peu nombreux à proposer des vêtements « de créateurs ». Ça aide aussi !
Concernant la production je travaille avec un fabricant parisien ce qui me permet de conserver une certaine flexibilité. Et lorsque je suis en rupture d’un modèle dans ma boutique, c’est moi qui m’installe derrière ma machine à coudre, tout simplement !
Avec mon profil asiatique, les gens sont souvent étonnés que je ne fasse pas confectionner les modèles en Chine.. . Mais si je veux maintenir une qualité constante, c’est plus simple et moins risqué pour moi de produire en France.
Et comment envisagez-vous l’avenir ?
Mon premier objectif est de consolider mon chiffre d’affaire, qui a plus que doublé cette année. A la fois avec mes clients étrangers, mais aussi ici à Caen... En parallèle je continue évidemment
les salons, mais je ne pense pas pour l’instant exposer à l’étranger. J’ai tenté l’aventure à Berlin et ça ne s’est pas révélé intéressant. Alors tant que l’export viendra à moi, je continuerai
ainsi !
Propos recueillis par Lisbeth Viard